Perfectionniste au travail : qualité ou défaut ?

Beaucoup pensent qu’être perfectionniste représente une qualité. Après tout, qu’y a-t-il de mal à vouloir se surpasser pour atteindre l’excellence ?

Pourtant, cette pression sans relâche que l’on impose à soi et/ou aux autres, peut rapidement mener aux effets inverses.

Est-il bon d’être perfectionniste au travail ? À quel moment bascule-ton du côté obscur de la force ? Comment cela se traduit-il dans la vie professionnelle ? Y a-t-il des solutions à apporter ?

Je crois que nous sommes plusieurs, plus d’une fois dans notre vie, à avoir le sentiment de tout donner, de faire de notre mieux, mais sans arriver aux résultats espérés. Jusqu’à perdre de vue notre objectif, voire notre motivation.

Le sujet de cet article est né d’une remarque que l’on m’a faite : « tu es perfectionniste ». De là, j’ai cherché à comprendre pourquoi, comment, depuis quand. Il se veut comme le point de départ d’une réflexion que je voulais partager avec vous.

En aucun cas il ne vise à donner des leçons.
Il n’a pas non plus la prétention de décrire précisément ce phénomène et de donner une liste exhaustive d’actions à prendre pour lâcher prise.

C’est quoi, le perfectionnisme ?

Perfectionnisme : nom masculin – Tendance à vouloir faire tout avec un souci exagéré de la perfection. (Larousse).

D’un côté, il y a les personnes qui en sont conscientes. Parmi elles, un certain pourcentage l’assume, y voyant l’expression d’une capacité à mener chaque action jusqu’au bout et avec minutie.

Et puis il y a les autres. Elles ne le savent pas, mais certains traits de caractère, alors exacerbés, ne mentent pas. Par cette disproportion, ils convergent alors vers le même point : le perfectionnisme. Sens de l’organisation, besoin de tout contrôler – quitte à le faire soi-même –, désir constant de se surpasser ou de rester à un haut niveau, forte exigence envers soi et les autres, remise en question de soi quasi-permanente et sévère, et j’en passe.

Le perfectionnisme peut être difficile à déceler pour qui en est atteint, tant il peut être la somme de beaucoup d’autre traits de caractère, ou partager des points communs avec le fait d’être maniaque ou control freak.

Rechercher la perfection peut être un formidable moteur afin de se surpasser. Il pousse à toujours plus innover, tester, optimiser une façon de faire, une idée ou encore un projet.

Mais comme tout excès, cette recherche de perfection peut rapidement avoir les effets inverses. Les personnes perfectionnistes plongent alors dans une spirale infernale où la quête de perfection constante se transforme en châtiment de Sisyphe.

Bien qu’il soit souvent moqué et que ses angles aient été arrondis sous les coups d’excuses plus ou moins valables, le perfectionnisme peut rapidement gangréner le travail et les évolutions de carrière.

Pourquoi le perfectionnisme nuit-il au travail ?

Nous l’avons vu un peu plus haut, le perfectionnisme se manifeste de différentes façons, comme par exemple :

  • Besoin de tout contrôler

  • Sens du détail et de l’organisation exacerbé

  • Quête perpétuelle du dépassement

  • Avoir une exigence démesurée envers soi et les autres

Or, mal dosé, il peut mener à faire le contraire exact de ce qui est initialement voulu.

Concrètement, cela peut se traduire par une certaine rigidité (« je préfère utiliser ma méthode, mais si elle n’est pas optimale, mais je la connais et je la contrôle ») ; une propension à accumuler les tâches pour prouver qu’on peut le faire/qu’on est digne de confiance (« je peux tout à fait développer cette application from scratch en une nuit et gérer la mise à niveau de ce site ») ou à toujours douter de ce que les autres ont fait (« ma façon de coder/rédiger/ tester/organiser est meilleure que la tienne »).

Une des premières conséquences est le sentiment de paralysie due à la vision binaire du ou de la perfectionniste. La peur de mal faire conduit « tout simplement » à ne rien faire. Ce n’est pas de la paresse ou un manque de compétences, c’est le besoin d’être parfaitement sûr que tout ait bien été pensé, anticipé. L’improvisation n’a pas sa place.

Chaque tentative pour sortir de cette paralysie est entravée par le doute, la remise en question constante :

  • Ai-je fait le bon choix ?

  • Est-ce ce que mon client ou mon N+1 attend de moi ?

Comme nous l’avons dit au préalable, le perfectionnisme est un engrenage machiavélique. Du sentiment de paralysie naît la frustration.
Frustration de ne pas réussir à atteindre ses objectifs.
Frustration de ne pas avoir obtenu l’approbation de tout le monde.

À tout faire ou à ne rien faire, à vouloir satisfaire tout le monde, le ou la perfectionniste peut avoir un sens de l’organisation faussée dû à son incapacité à gérer les imprévus, sa tendance à se perdre dans des tâches sans valeur ajoutée ou à creuser trop profondément un sujet qui n’en vaut pas la peine.

Cette course sans fin qui n’est jamais couronnée de succès aux yeux du ou de la perfectionniste, des questions qui tournent en rond et qui ne trouvent jamais de réponse se traduisent immanquablement par une fatigue mentale, alimentée par le doute et la remise en question permanente.

Que le perfectionnisme se porte sur soi ou sur les autres, il cause forcément des dommages collatéraux et gangrène l’organisation au travail.

Lorsque le perfectionnisme est tourné contre soi, cela peut se traduire par des tâches inachevées (voire même pas commencées) dont la raison peut être la paralysie évoquée plus haut, ou le désir de tout vouloir faire soi-même… sauf que la potion magique pour se démultiplier n’existe pas.

Si le perfectionnisme est tourné vers les autres, il peut rapidement devenir la source de nombreuses incompréhensions (après tout, nous mettons tous une idée et des critères de « perfection » différents) et entraver les projets des uns et des autres parce qu’il manque une validation, ou parce qu’il faut constamment refaire une tâche, etc. Cette tendance à voir le verre à moitié vide finit immanquablement par entamer le moral de l’équipe.

Peut-on être moins perfectionniste ?

Le chemin pour tenter de relâcher son emprise et d’abord d’accepter que tout ne sera pas parfait. Jamais même. Cela peut paraître naïf, voire bête à dire, mais parfois, les choses les plus évidentes sont les plus difficiles à voir.

Partant de ce constat, que faisons-nous ?

Pour les perfectionnistes, ça va être très compliqué, mais il va falloir apprendre à regarder ses échecs en face, les accepter pour les transformer en leçon.
Ce type de bilan n’a rien à voir avec la remise en question constante dont souffrent les perfectionnistes : il s’agit de tirer le positif d’une expérience négative.

Il faut ensuite accepter de se lancer dans l’inconnu, de prendre des risques pour innover. Après tout, n’est-ce pas ce qui anime notre métier ?
C’est ce qu’on appelle être Agile. On sait dès le début que le premier essai ne sera pas parfait, loin de là même. Et le fait de le savoir, que tout le monde soit d’accord là-dessus et n’en tienne pas rigueur ôte un certain poids.
Alors on fait une première version, qu’on améliore au fur et à mesure avec les retours des uns et des autres. Le fait de ne pas toujours savoir où l’on va, lâcher prise pour laisser place à la spontanéité peuvent être une expérience positive qui donnent naissance à des idées innovantes.

On ne dit pas qu’il ne faut plus préparer les réunions, ou se lancer la tête la première dans une tâche sans y avoir réfléchi en amont ! Mais elles ont le mérite de jeter les premières fondations d’une nouvelle organisation, façon de faire ou process. À partir de là on peut se poser légitimement la question : que faut-il faire pour mieux faire ? Une réponse qui doit être co-construite avec son équipe.

Cette même équipe qui peut soulager le ou la perfectionniste de sa charge mentale… à condition d’exprimer les points sur lesquels de l’aide est requise.

Ce n’est pas faire un aveu de faiblesse que de demander de l’aide.
Ce n’est pas faire moins que les autres parce qu’on a décidé de déléguer.
Ce n’est pas grave si le plan initial n’est pas suivi.

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